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Les enjeux de la re-décentralisation du Web

Dernière mise à jour : 19 juil. 2023








« Gouvernements du monde industriel, (…) vous n’avez pas de souveraineté où nous nous rassemblons. (…) Nous créerons une civilisation de l’esprit dans le Cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde issu de vos gouvernements. » (« Déclaration d’Indépendance du Cyberespace », J.P. Barlow, 1996).


À l’origine du cyberespace (Voir l’article: Le devoir de souveraineté numérique : la reconquête du cyberespace) , une architecture décentralisée développée sur la base de théories des plus libertaires et libertariennes : dont le manifeste le plus emblématique demeure le célèbre discours de John P. Barlow en 1996.

Il s’agissait de s’affranchir de toute forme d’ingérence étatique en créant, à l’échelle planétaire, un nouveau monde immatériel, libre et égalitaire gouverné par la liberté d’expression, d’opinion, de communication et de contestation.


À l’aube des années 2000, Internet a évolué vers une centralisation notable en ce qui concerne son infrastructure, ses services et son information. Les données, et tout particulièrement les données personnelles, sont devenues la matière première de la société de l’information, le nouvel eldorado de la création de valeur.


Elles représentent, à ce titre, un enjeu économique et géopolitique stratégique. Selon le rapport IFRI « L'Europe : sujet ou objet de la géopolitique des données »[1] : « Les données ne doivent plus seulement être comprises comme un sujet juridique et commercial, mais comme un enjeu de politique internationale à part entière ».


C’est la nature particulière des données qui fait toute la singularité de la révolution numérique : les gisements de données ne tarissent pas avec le temps, et la dématérialisation croissante de l’information contribue à alimenter en continu une production exponentielle de données.


Par ailleurs, ces données constituent un bien « non rival », au sens économique du terme : le fait qu'elles soient utilisées une fois par un acteur n'empêche pas une utilisation simultanée, voire ultérieure, par un autre acteur.


La valorisation de ces données résulte essentiellement de leur traitement et de leur mise en relation : agrégation, rapprochements de jeux de données de sources diverses, analyses, extrapolations. Prise isolément, une donnée ne génère en effet généralement que très peu de valeur.


L’extraction et l’exploitation massive de cette source d’une grande puissance offre un champ des possibles à peu près illimité. Tirant parti et profit de cette situation, de nouveaux acteurs économiques, détenteurs de moyens de traitement (en particulier des plateformes), ont été rapidement en position de rivaliser avec les États : les GAFAM[2] aux Etats-Unis ou encore les BAHTX[3] en Chine.


Partout dans le monde, sous le couvert du divertissement, de la facilité, d’une consommation numérique faussement gratuite et d’outils de socialisation, « ces géants du net ont su capter des données et cultiver la docilité de leurs utilisateurs ».[4]


Le constat : une faible culture des risques numériques dans une population qui s’approprie trop rapidement les nouveaux usages sans penser cybersécurité à l’aube de l’utilisation de milliards d’objets connectés.


Ces outils ont facilité des ingérences ou des manipulations spécifiques et ciblées. À l’échelle mondiale, le scandale « Cambridge Analytica » impliquant Facebook a mis en relief le danger de méthodes peu scrupuleuses de recueil massif, d'analyse et de recoupement des données aux fins d'influence sur les choix politiques.


La construction actuelle du Web3, troisième génération du World Wide Web, s’inscrit d’ailleurs dans cette volonté de sortir du « carcan » du colonialisme numérique de ces acteurs de puissance et d’influence. Il s’agit essentiellement de reprendre le contrôle sur la Donnée et d’en piloter la gouvernance, en plaçant l’utilisateur au cœur du processus pour en faire un libre acteur de l’espace digital. ( Voir l’article: Créer un écosystème juridique décentralisé de l’innovation ? C’est le projet de DeLeX Consortium).


Le Web3 s’analyse, en définitive, comme un retour aux valeurs fondamentales d’Internet, lequel a été initialement conçu pour permettre à chacun de communiquer et de partager de l'information de manière libre et décentralisée.


Le Web3 opère, en réalité, un mouvement de « re-décentralisation »[5]. Des personnalités influentes du monde de la Tech, comme un des créateurs du web Tim Berners-Lee[6], ou encore John McAfee[7], spécialiste cybersécurité, avaient déjà pris position, il y a près d’une décennie, pour une re-décentralisation d’Internet.



Dans ce marché émergent de la re-décentralisation, le rôle des régulateurs s’avère complexe et à multiples facettes pour garantir la protection des utilisateurs tout en encourageant l’innovation pour aller vers une plus forte attractivité de la France et de l’Europe.


Il est important d’avancer en étroite collaboration avec les acteurs de l'industrie pour comprendre les implications concrètes de ces technologies et élaborer des règles qui répondent véritablement aux objectifs de sécurité, de transparence et de compétitivité. Pour que cette collaboration soit fructueuse, il est nécessaire de créer un environnement réglementaire clair, stable et prévisible.


Il est également important de mener des discussions ouvertes et transparentes sur les enjeux liés aux technologies décentralisées pour informer les décideurs politiques et les citoyens. Et à ce titre, les missions d’information, les travaux de Think Tanks ou encore les prises de position politiques ont un grand rôle à jouer.



Hannan OTMANI

Présidente fondatrice de DeLeX Consortium





Les enjeux de la re-décentralisation du Web. Par Hannan Otmani, Avocate_
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